Les soies 101 pour le saumon - Fédération québécoise pour le saumon atlantique

Les soies

Par Pascal Perreault

Aujourd’hui, l’évolution technologique touche la majorité des sports. Le sportif moderne est à l’affût des innovations et exige l’équipement spécifiquement adaptés à ses besoins. Ne faisant pas exception, celui du pêcheur à la mouche, particulièrement la soie, a bénéficié d’importantes avancées au fil des années. Sous cet aspect filiforme et circulaire se cachent maintenant d’impressionnants développements techniques.

Jusqu’à récemment, le choix d’une soie était limité à deux profils : « Double Taper (DT) » à double fuseau, pour présentations délicates à courte distance, puis « Weight Forward (WF)», à fuseau décentré vers l’avant, pour usage général. Aucun n’était précisément conçu pour un type de pêche, ou pour des espèces de poissons ainsi que des conditions de pêche. Aujourd’hui, le profil WF est majoritairement utilisé dans la conception des soies. Mais, considérant qu’il n’existe toujours pas une soie excellant dans toutes les situations, on retrouve maintenant ce profil WF décliné sous une multitude de variations aux performances optimisées selon des champs spécifiques. Il existe maintenant presque autant de types de soies que d’espèces de poissons convoitées. Afin de sélectionner judicieusement cette composante si cruciale, il importe de comprendre l’effet de la variation physique de chacune des parties qui en composent le profil. Nous ciblerons ici les soies flottantes pour cannes à une main en tentant de cerner certains avantages pour nos besoins spécifiques à nous, les adeptes de la pêche à la mouche du saumon atlantique.

Le rôle principal de la soie
La tête d’une soie représente une masse, qui, additionnée à l’accélération de la canne, charge cette dernière, créant une quantité d’énergie, principe semblable au chargement d’une catapulte ou d’un arc. La mouche, ne possédant pas une masse significative pour produire cette énergie, se doit d’être propulsée par un tel médium de transport. Au retour de la canne en flexion, l’énergie emmagasinée est transmise à la soie qui, elle, la transmet à la mouche par le biais d’un bas de ligne. Cette énergie cinétique est transférée et dissipée majoritairement selon le profil, il s’agit de la répartition du poids sur la tête. En résumé, cette chaîne de transfert d’énergie a comme objectif, le transport et la présentation optimale d’une mouche et ce, en minimisant l’effort physique du pêcheur.

Une soie à fuseau décentré vers l’avant (WF) est composée de quatre parties (Figure 1.0). Chacune d’elles varie en diamètre et en longueur pour l’obtention de performances spécifiques. À titre de référence au cours de cet article, les longueurs typiques pour chacune des parties d’une tête de soie WF-8 à usage général sont inscrites sur la Figure 1.0. En comparant ce type de soie chez la plupart des fabricants, on peut considérer ces valeurs comme un standard.

FIG 1.0 web FIG 2.0 web

 

L’embout de la soie (Tip)
De 6 ou 12 pouces, il est toujours de diamètre égal sur sa longueur. Un embout long et fin est souvent sélectionné sur des soies de présentation. Sa géométrie influence le transfert d’énergie, donc la présentation de la mouche. Selon le fabricant, il peut comporter ou non à son extrémité une loupe préformée pour faciliter l’attache du bas de ligne.

FIG 2.1 web

Le fuseau avant (Front taper)
Ce fuseau, de par sa longueur et son diamètre, détermine la quantité d’énergie avec laquelle la soie se retourne et présente la mouche. Un long fuseau avant (Figure 2.0), exemple 18’, favorise une présentation délicate, précise et furtive en dissipant, de par sa finesse, davantage d’énergie transmise par le corps, la section la plus volumineuse de la soie. Le poids de la tête étant plus concentré vers l’arrière, il est tout indiqué avec l’utilisation de plus petites mouches, par vent léger, eau basse et lors de lancers Spey. Un tel fuseau produit de plus longues boucles (Figure 2.1A) et retarde le retournement de la mouche à distance en permettant à cette dernière de demeurer dans la boucle plus longtemps pendant son vol. C’est pourquoi, sur de longues têtes axées sur la distance et le contrôle, on retrouve régulièrement un fuseau avant allongé. Une soie qui se retourne hâtivement, ne demeurant pas dans la boucle jusqu’à l’objectif, affecte à coup sûr, la distance, la précision, la présentation et inévitablement, le succès de pêche. La soie semble terminer sa course mollement en planant vers la cible plutôt que de percer l’air comme une flèche. Un fuseau allongé n’est pas idéal pour la propulsion de mouches volumineuses.
Un fuseau avant court (Figure 2.2), exemple 4’, transmet l’énergie du corps en plus grande quantité jusqu’au bas de ligne. Avec un poids très concentré vers l’avant, ce fuseau agressif est tout indiqué pour la propulsion de mouches qui offrent une grande résistance dans l’air : «bombers», ces mouches qui réduisent la vitesse de la soie en affectant le chargement de la canne. Cette diminution de vélocité doit être compensée par un effort physique supplémentaire du lanceur. Un fuseau court performe au lancer de grosses noyées utilisées en début de saison, en conditions d’eau haute, par temps venteux, avec bouts flottants ou plongeants «polyleaders», et même avec de longs bas de ligne. Avec de grosses mouches, étant donné la traction dans l’air qu’elles exercent, ce fuseau n’aura pas tendance à se retourner hâtivement à longue distance. Par contre, avec de petites mouches, un fuseau court, puissant et chargé d’énergie, produira un rebondissement du bas de ligne et de la mouche en empêchant ce dernier d’atterrir sur l’eau droit et tendu; l’énergie n’ayant pas été assez dissipée. Allonger le bas de ligne aidera à atténuer ce rebond indésirable. L’inverse est également vrai. Lorsque la mouche a tendance à ne pas se retourner en s’échouant à côté du bas de ligne, diminuer la longueur de ce dernier est ici une première option à considérer.
Note: Pour optimiser le transfert d’énergie jusqu’à la mouche, il est recommandé d’utiliser un bas de ligne en fuseau (Tapered leader). Pour faire varier le temps de retournement de la mouche, ajouter ou diminuer par incrément d’environ 12 pouces le bout fin (Tippet) du bas de ligne, aura un effet immédiat sur la dissipation de l’énergie, donc sur la présentation.
En résumé, lorsque l’on songe à une soie tout usage pour le saumon, quelque part entre ces deux extrêmes de fuseaux avants, se retrouve assurément le meilleur compromis.

Le corps (Belly)
Le corps est généralement la section plus volumineuse et plus longue de la soie. Sa longueur influence la distance à laquelle la tête dévoile son plein potentiel en chargeant bien la canne, donc à partir de quelle distance de pêche elle excelle. Cette section représente la majeure partie du poids de la tête, c’est elle qui emmagasine et transporte le plus d’énergie lors du lancer. Sur un corps allongé, par exemple 35’, le poids est réparti sur plus long. De ce fait, il est à parier qu’une telle soie ne sera pas la plus efficace à courte distance vu la faible concentration de poids vers l’avant. Le plus souvent, le diamètre du corps est égal sur sa longueur (Figure 1.0), mais de plus en plus, le corps des soies se compose de différents diamètres, concentrant le poids vers l’avant ou l’arrière du corps, conférant à la soie en partie sa vocation. Par exemple, on retrouve des profils développés pour le lancer de mouches volumineuses et dans le vent, soies avec le poids très concentré vers l’avant (Figure 2.2). D’autres profils voient leur corps plus concentré vers l’arrière (Figure 2.0), favorisant la stabilité en vol, les lancers Spey (plus de poids à l’arrière, donc au bout de la canne) et de par un retournement retardé, la douceur de présentation. En général, ils sont moins performants pour la propulsion de grosses mouches et dans le vent.

FIG 2.2 web

 

FIG 2.3 web

 

Le fuseau arrière (Back Taper)
Cette section effectue la transition entre l’arrière du corps et la ligne de raccordement.

Un fuseau arrière court par exemple 3’, représente une diminution rapide de diamètre entre le corps et la ligne de raccordement. Cette transition abrupte crée une zone plus souple (Figure 2.2), fléchissant davantage lors de la propulsion de la soie, produisant une boucle plus serrée et plus de vitesse de ligne; même principe qu’avec une tête de lancer Spey couplée à une ligne de raccordement. Un tel combo est très performant pour atteindre de longues distances en laissant filer la tête hors de la canne « shooting ». Un fuseau arrière court favorise un lancer rapide certes, mais contraint le lanceur à ramener la soie par coups « stripping » et l’oblige à se relocaliser au même endroit sur la soie avant de relancer; ce qui diminue le temps de pêche. Il laisse moins de latitude au lanceur sur la quantité de soie pouvant être transportée dans les airs.

Un long fuseau arrière (Figure 2.3), exemple 20‘, est idéal pour la pêche au saumon atlantique pratiquée ici: Levée / Lancer « Pick up and Cast » de la soie sur un large éventail de distances, sans devoir la « stripper » avant de relancer. Il favorise le contrôle, la précision, la stabilité en vol et les lancers Spey. L’arraché de la soie à distance et les amendements sont aussi améliorés par une soie plus fine le long du fuseau, offrant moins de tirant d’eau lors de telles manœuvres. Ce long fuseau permet d’ajuster précisément les prochains lancers après chaque parade de la mouche, sur une multitude de distances, afin de bien quadriller une fosse, et ce sans laisser filer la soie « shooting ». Un long fuseau arrière permet d’effectuer la plupart des lancers avec le scion de la canne directement dans cette longue section variant en diamètre (Figure 2.3). Le fait de lancer avec le scion à l’intérieur ou près d’un changement de diamètre sur une tête (fuseau), aussi petit soit-il, peu importe le profil, favorise des boucles plus serrées (Figure 2.1A). Il en résulte une plus grande vitesse de soie, donc, un chargement accru de la canne permettant de limiter les faux lancers, de meilleures performances à distance et dans le vent. Un long fuseau arrière est indiqué pour le débutant qui pourra, tout au long de son évolution vers une plus longue distance, choisir la longueur de soie qui lui convient de lancer tout en conservant un bon chargement de sa canne.

La ligne de raccordement
(Running line)
Cette ligne prolonge l’arrière de la tête de la soie, déterminant ainsi sa longueur totale. Étant plus petite en diamètre et de poids négligeable, elle permet à la soie de mieux filer dans les anneaux lors de lancers à distance. Lorsque très fine, cette ligne favorise la distance au détriment du contrôle et de la manœuvrabilité. Plus grosse en diamètre, possédant une plus grande masse, elle préconise la manipulation, les changements de direction et les amendements. Parfait pour le saumonier. Par contre, étant légèrement plus grosse, elle retranchera un peu de distance à cause de sa friction dans les anneaux.
Le poids de la tête de la soie
Le poids des soies est standardisé, sur les premiers 30’, selon les normes établies par l’AFTMA (American Fishing Tackle Manufacturers Association). L’unité de mesure est le grain. Pour une soie #8 dite « standard », la valeur nominale est de 210 grains avec une tolérance allouée de +/- 8. Donc, 202 à 218.

Le match équilibré « Canne-Soie » est trop fréquemment négligé et laissé au hasard, devenant la plupart du temps source de déception, de frustration et même de dépenses inutiles. Afin de pouvoir tirer le plein potentiel des cannes de plus en plus rapides et performantes, cannes utilisées majoritairement par les saumoniers, la plupart des compagnies offrent maintenant des soies qui dérogent du maximum de ces tolérances. On retrouve des soies plus lourdes d’un demi-point, d’un point et même de deux points. Considérant la tolérance totale allouée de 16 grains d’une soie #8, un demi point plus lourd « half-size heavier » signifie la demie de cette tolérance, donc 8 grains. Or, si on ajoute ce poids au maximum de l’AFTMA, on obtient une soie sur ses premiers 30 pieds de 218+8 = 226 grains et ainsi de suite. Ces soies légèrement plus massives améliorent, en un seul arraché, le chargement de ces puissantes cannes, permettant de remettre la mouche en position de pêche plus efficacement. Idéales également pour l’évolution du novice, elles permettent de mieux sentir la soie charger la canne même avec quelques erreurs au lancer. Un tel combo diminue la fatigue en permettant de réduire le nombre de faux lancers, optimisant le temps de pêche. La distance, la performance dans le vent et la propulsion de grosses mouches « bombers », sont favorisées puisque la masse de la tête compense mieux la résistance de l’air de celles-ci.

Plusieurs saumoniers s’entendent sur le fait qu’un combo canne-soie #9 est plus performant pour la propulsion de gros «bombers» bien dodus avec leurs longues ailes séparées ou de très grosses mouches noyées. Mais maintenant, grâce à ces soies d’un à deux points plus lourdes, une canne #8 le fait avec pratiquement autant d’aisance. Ces têtes ont un poids sur les premiers 30 pieds, se rapprochant ou même équivalant à celui d’une soie #9, mais sur leur longueur totale, ont un poids balancé pour une canne #8. Plus la mouche offre de résistance à l’air, plus la masse et l’énergie pour la propulser doivent être grandes. Donc, ces soies sont tout indiquées lorsqu’on utilise de telles mouches. Par conséquent, ces soies légèrement plus lourdes font une agréable différence au bout d’une longue journée de lancers. D’un autre côté, une tête trop lourde installée sur une canne à action plus lente la fera fléchir plus profondément, même parfois excessivement et occasionnera au lancer des boucles plus larges et moins efficaces (Figure 2.1B) réduisant la vélocité de la soie et créant même d’indésirables boucles croisées « Tailing loops » (Figure 2.1C). Pour ces cannes, une soie plus près du poids nominal de l’AFTMA est à préconiser. Notons que la profondeur de chargement d’une canne est différente selon les préférences de chacun. Parfois, seulement l’ajout d’un bas de ligne en polymère de type « polyleader » au bout d’une soie peut améliorer la performance d’un ensemble au goût du pêcheur. Un « polyleader » en version flottante ou callante, de par sa masse, devient une extension de la soie et donc transfert mieux l’énergie vers la mouche qu’un bas de ligne de monofilament conventionnel. Ce type de bas de ligne est un outil efficace pour retourner avec fluidité les plus grosses mouches (bombers, noyées). Cette masse additionnelle permet de sensiblement mieux charger la canne lors du lancer. Rien de tel qu’un bon essai…

Longueur totale de la tête
À la pêche au saumon, afin de minimiser le « stripping » de la tête avant de relancer, la longueur de celle-ci devrait idéalement couvrir la majeure plage de distances de pêche. Ainsi, la tête de la soie ne sera que rarement sortie en totalité hors du scion de la canne. Par exemple, si les distances de pêche habituelles, autant à la sèche qu’à la noyée, se situent entre 25’ et 65’ incluant le bas de ligne, une tête d’environ 50’ au total serait parfaite pour couvrir cette plage. Un profil de soie polyvalent favorisant de bonnes performances lors des lancers rapprochés, donc avec un fuseau avant et un corps relativement courts. Un long fuseau arrière jumelé à ces derniers permettra de couvrir tout l’éventail de distances avec stabilité et précision, tout en facilitant grandement l’arrachée de la soie à distance (Figure 2.3). Un profil de même longueur comme celui de la figure 2.0 conviendrait bien également dans cette situation. Cependant, celui-ci étant moins puissant vu la concentration du poids vers l’arrière de la tête et le long fuseau avant, il sera plutôt indiqué pour des applications de présentation fine et délicate avec de petites mouches pour des conditions nécessitant plus de furtivité. Il est faux de croire qu’une telle longueur de tête, 50’ pour cet exemple, est strictement orientée vers des performances à longue distance et réservée pour le lanceur expérimenté. La longueur du corps de la soie et la répartition de la majorité de son poids sont de meilleurs indicateurs pour déterminer à partir de quelle distance votre canne prendra vie. Selon les rivières visitées et les techniques de pêche utilisées par le saumonier, une tête de longueur et de profil différent pourrait mieux convenir.

En conclusion, on doit se rappeler qu’à la pêche au saumon, le contrôle, la présentation et la précision supplantent de loin la distance, il semble plus facile d’y voir clair à travers le vaste tableau de soies accessible sur le marché. Les fabricants offrent des outils développés pour nous faciliter la tâche et, surtout, pour augmenter notre pur plaisir lors de nos précieuses sorties. Certes, une soie à profil général offrira relativement de bonnes performances, mais une soie conçue pour nos besoins de saumonier serait idéale.

Saisir entre nos mains, pour un instant, ce noble et précieux Roi des eaux… Ainsi «SOIE» t’il !

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