TECHNIQUE DE PÊCHE: Le lancer oval - Fédération québécoise pour le saumon atlantique

Le lancer ovale

Par Jean-Pierre Martin
Texte de Jean-Pierre Martin
Photos de Jimmy Voyer
Instructeur certifé: Wulff school of fly fishing

Dans le numéro d’hiver 2011 du magazine Saumons illimités, j’ai présenté un article expliquant les principes du lancer à la mouche. Ces principes du lancer sont des notions assez abstraites, mais voici la suite de cet article qui traite concrètement de lancer et plus particulièrement du lancer ovale et de ses applications.
La grande majorité des pêcheurs lance toujours de la même manière, peu importe les circonstances. Or, il y a une grande variété de situations de pêche et un seul lancer ne peut toutes les couvrir.
Le premier réflexe lorsqu’on est confronté à une limite de performance ou d’habileté est souvent de penser à se procurer un nouvel équipement, mais une solution simple et surtout moins onéreuse est à la portée de tous : élargir le répertoire de lancers. Le lancer ovale arrive en tête des techniques que tous pêcheurs devraient maitriser. Ce lancer méconnu est non seulement la solution idéale à bien des problèmes que les saumoniers rencontrent, mais représente la façon la plus simple d’apprendre et de perfectionner le lancer à la mouche. La plus grande difficulté est d’accepter de sortir de ses habitudes et d’expérimenter autre chose.
Voici un résumé des principes du lancer et des éléments de G.B.S. (Gros Bon Sens) tel que je les ai développés avec le temps. Les références à ces notions seront signalées lorsqu’elles s’appliqueront dans la description des lancers.

LA PLUS GRANDE DIFFICULTÉ EST D’ACCEPTER DE SORTIR DE SES HABITUDES ET EXPÉRIMENTER AUTRE CHOSE.
Lancer ovale c. lancer vertical
Le lancer vertical classique (overhead) est celui que l’on voit la majorité du temps sur nos rivières. Si les pêcheurs l’utilisent presque exclusivement, c’est généralement parce que c’est le seul qu’ils connaissent. Il a bien servi les saumoniers et son utilité est reconnue, mais comparé au lancer ovale, il arrive au second rang. En effet, le lancer ovale est plus facile à apprendre et à maitriser, plus utile en situation de pêche et, avec ses nombreuses variations, on accède à toute une variété de lancers, dont les fameux lancers spey.
Une des principales causes de difficulté du lancer vertical est la perte de tension sur la soie vers l’arrière. Ce manque de tension généralement causé par un mauvais départ déclenche l’action réflexe d’accélérer et de mettre plus de force dans le lancer dans le but de reprendre le contrôle. C’est une réaction automatique qui s’observe autant chez le lanceur expérimenté que chez le débutant. Il s’ensuit toute une série de corrections qui, si elles permettent de sauver le lancer, ne contraignent pas moins la performance et la facilité d’exécution. Le résultat en fin de compte est rarement positif.

Sentir la tension sur la soie (1er principe) est un élément essentiel pour bien exécuter un lancer. Or, dans le lancer ovale, la soie reste sous tension du début jusqu’à l’étape de la présentation. Ce détail (tension constante) est important parce qu’il permet d’apprendre à sentir et à maitriser cet élément clé, ce qui facilitera l’apprentissage de tous les autres lancers.
Je suis convaincu que d’apprendre à lancer à la mouche en commençant avec le lancer vertical est un non-sens ou à tout le moins un
apprentissage à la dure. La séquence logique serait plutôt celle-ci : lancer roulé, lancer ovale et, finalement, lancer roulé dynamique. Chacun de ces lancers essentiels représente une étape vers la maitrise du lancer à la mouche. En fait, il s’agit de trois variations d’un même mouvement, ce qui facilite encore une fois l’apprentissage.

Une fois que l’on maitrise ces trois lancers, à moins d’être un adepte des compétitions de lancers de distance extrême, le lancer vertical perd de son intérêt.
Le lancer roulé
Il y a deux types de lancers roulés : le lancer roulé statique et le lancer roulé dynamique ou « switch cast ». Le premier est le lancer roulé classique que tout le monde connait. Le deuxième sera abordé après le lancer ovale.

Le lancer roulé classique nous permet de pêcher lorsqu’il y a un manque d’espace derrière. Son utilité est indéniable et grandement sous-estimée. En effet, la plupart des pêcheurs ne l’utilisent que lorsqu’ils n’ont pas le choix. Deux raisons expliquent ce phénomène. Premièrement, peu de gens sont en mesure de l’exécuter correctement. Au départ, la distance qu’il est possible d’atteindre avec ce lancer étant limitée, le lancer roulé devient souvent une solution de dernier recours. Deuxièmement, on oublie ou ignore tout ce qu’on peut développer à partir de cette technique.
Un des avantages importants du lancer roulé est qu’il représente la façon la plus simple d’apprendre non seulement le lancer ovale, mais tous les autres lancers.
Le fait que la première partie du lancer se fasse au ralenti, on n’est pas confronté au problème de mettre trop ou pas assez d’énergie dans le mouvement. On a le temps de corriger la trajectoire au besoin et de bien se préparer pour le lancer avant, mouvement qui est semblable pour tous les lancers.
Enfin, le lancer roulé est le lancer à faire lorsqu’on a un vent de dos (GBS no. 1). Plus il vente, plus il est facile et performant.

Exécution correcte
Voici quelques notions qui permettent de bien exécuter le
lancer roulé :
• Amener la main qui tient la canne doucement à la hauteur des yeux dans un mouvement circulaire sur le côté. On pourrait monter la main directement, mais la trajectoire courbe est préférable : elle dégage et éloigne la soie et ce mouvement circulaire sera utile plus tard pour les lancers ovales et « switch ». La mouche ne quitte pas l’eau dans cette première étape.
• Une bonne habitude à développer est de lever le scion de la canne au départ avant de faire le déplacement latéral. Cette action va avoir une importance pour la suite, car la hauteur à laquelle on lève va influencer l’emplacement de la soie retombe sur l’eau (l’ancrage) lors des lancers roulés dynamiques.
• Abaisser la canne en tirant jusqu’à un angle de 45°. Cette action de tirer la canne vers le bas est beaucoup plus efficace que le mouvement de pousser vers l’avant (GBS no : 2). L’arrêt à 45° est important pour projeter la soie vers l’avant et non vers l’eau.
• Un principe à respecter dans le lancer roulé est d’avoir la cible dans le prolongement d’une ligne droite entre la mouche sur l’eau et la boucle arrière. Lorsque ces trois éléments ne sont pas en ligne, il y a une perte d’efficacité.
• Une fois que le lancer de base est compris, l’étape suivante consiste à intégrer des variations qui rapidement deviendront indispensables. Une grande partie du plaisir de lancer consiste à jouer avec toutes ces possibilités.
• Lancer du revers. Il y a des situations où le lancer du revers est la meilleure option et parfois, la seule. Noter que le revers se fait très bien en tirant sur la canne alors que c’est totalement inefficace en poussant.
• Avec ou sans traction. Le lancer roulé est l’outil idéal pour apprendre à faire une traction sur la soie. Sur le lancer avant, on a tout le temps pour bien sentir et synchroniser le mouvement.
• Varier les angles. Parmi tous les plans possibles, le lancer roulé à l’horizontale est particulièrement utile pour lancer avec un vent de face (1er GBS)

Le lancer ovale
Ce lancer n’est pas nouveau, il a été popularisé en Europe à partir des années 30 par Hans Gebetsroither et le lanceur de distance belge Albert Godart, d’où l’appellation « Belgian cast ». Aux États-Unis, presque toutes les célébrités l’ont utilisé. Lee Wulff, dans la vidéo tournée vers la fin de sa vie Lee Wulff on the Beaverkill, utilise presque exclusivement ce lancer. La gestuelle du lancer ovale est identique à celle du lancer roulé. Il n’y a qu’une petite variation de la vitesse d’exécution dans la première étape du lancer (4e principe). On n’apprend pas deux lancers, mais bien une seule et unique technique que l’on développe. En mettant légèrement plus d’énergie dans le mouvement, la soie quitte l’eau totalement lors du lancer arrière. La soie voyage sous le scion de la canne dans le lancer arrière et au-dessus pour le lancer avant. Le bout de la canne, et par conséquent la soie, trace un ovale (3e principe). Voilà une façon simple, mais tout à fait exacte de décrire et d’exécuter ce lancer. Garder la soie sous le scion nécessite moins d’énergie dans le lancer et permet une exécution plus lente.
Parmi les avantages du lancer ovale, on a déjà mentionné que la soie reste sous tension durant tout le lancer. À cause de la grande boucle arrière, le mouvement est beaucoup plus fluide et il n’y a pas de « passage à vide » entre le lancer arrière et le lancer avant. La transition se fait tout en douceur, ce qui élimine la tendance à forcer le mouvement, rend le lancer très agréable et facilite grandement l’apprentissage.

Notons au passage que ce lancer n’a pas son pareil pour lancer des grosses mouches lourdes. Un argument qui à lui seul vaut tous les autres : avec le lancer ovale, la mouche suit la pente de la grève derrière soi et lorsqu’elle change de direction en arrière, elle monte plutôt que de descendre. Qui n’a pas brisé sa mouche ou plutôt ses mouches sur les roches derrière? Avec le lancer ovale, adieu ces frustrations et ce temps perdu à changer des mouches abimées.

Dans le même thème, le nombre de mouches perdues dans les arbres peut être grandement réduit. Plutôt que de faire l’ovale dans un plan vertical, on le fait dans un plan oblique en revenant en avant du côté du revers. Cette simple petite variation au lancer ovale, si on ralentit le mouvement, peut nous permettre de prospecter dans les espaces très réduits. Et, puisque la mouche reste dans les airs, ce n’est pas un lancer roulé ou « spey ».
Une fois le lancer ovale compris, on peut y intégrer les variations décrites dans le lancer roulé. À celles-ci, on en ajoute quelques autres :
• Varier la vitesse d’exécution
• Ajouter une traction vers l’arrière
• Faire une boucle en V (« V-loop »)

La boucle en V?
Dans le lancer roulé statique, une fois que la canne est en position levée et prête à faire le lancer avant, la soie à l’arrêt forme un D d’où le nom boucle en D.
Dans le lancer ovale, la boucle vers l’arrière va être plus allongée, mais va garder le nom de boucle en D à cause de la grande courbe dans la soie. On peut modifier cette boucle pour lui donner plus d’énergie. Si le mouvement vers l’arrière est continu (sans arrêt), elle sera ronde. Par contre, si on fait un arrêt, elle sera plus ou moins pointue selon la netteté de cet arrêt. On l’appelle alors boucle en V. Cette boucle est plus dynamique et favorise la flexion de la canne lors du lancer avant.
Dans l’exécution du lancer ovale, il est important d’obtenir une bonne trajectoire dans la première phase du lancer. Parfois, la boucle arrière n’est pas en ligne droite avec le lancer avant. Cette situation souvent indésirable peut toutefois devenir un avantage lorsque vient le temps de faire un changement de direction en lancer ovale. La description de ce mouvement étant assez complexe, les lecteurs sont invités à visionner la vidéo prochainement accessible sur le site Web de la FQSA à fqsa.ca.

Lancer roulé dynamique ou « switch cast »
Dans la première phase du lancer roulé statique, la soie ne quitte pas l’eau. Dans le lancer ovale, elle quitte l’eau complètement. Le lancer roulé dynamique se situe exactement entre les deux. La soie sort de l’eau, mais y retombe un court instant juste avant de faire le lancer avant. C’est ce qu’on appelle l’ancrage. Le mouvement est semblable aux deux premiers lancers, on ne fait que varier l’intensité du lancer arrière. À moins d’avoir un fort vent de dos, le lancer roulé dynamique est la seule façon de faire un lancer roulé de longue distance.
Ce qui empêche le lancer roulé d’être efficace à moyenne et longue distance, c’est le fait que plus il y a de soie dans l’eau, plus il y a de succion sur la soie. Presque toute la puissance du lancer sert à sortir la soie de l’eau et il ne reste plus beaucoup d’énergie pour propulser la soie vers l’avant. Si on ajoute le fait que la soie est immobile au départ donc qu’elle a peu d’énergie, on atteint rapidement la limite. Avec le lancer roulé dynamique, on règle ces deux problèmes.
D’une part, comme la boucle arrière est en mouvement, elle possède une énergie cinétique plus grande, ce qui facilite le lancer avant. D’autre part, la résistance de la soie sur l’eau est réduite au minimum. Il n’y a que la mouche, le bas de ligne et peut être un peu de soie qui tombe sur l’eau. La principale difficulté de ce lancer est justement de bien placer cet ancrage. Son exécution demande une bonne maitrise des principes du lancer et particulièrement du 4e principe. La hauteur à laquelle on va lever la canne au départ, combinée à l’intensité du lancer, va influencer l’emplacement où le bas de ligne va retomber. Idéalement, cet ancrage devrait se situer à une longueur de canne du pêcheur.
Étant donné que le synchronisme doit être assez précis, ce lancer est de niveau intermédiaire. Heureusement, les habiletés que l’on a acquises en pratiquant les deux premières étapes (roulé et ovale) facilitent la transition et tout le temps que l’on a consacré à apprendre à diminuer et à bien doser l’énergie prend toute son importance. Les quelques difficultés de ce lancer n’ont d’égal que le plaisir que l’on ressent lorsqu’il est réussi. Comme pour le lancer ovale, on peut le faire avec ou sans traction, avec une boucle en D ou en V, du côté de la canne ou du revers.

Pratique
Une façon simple de pratiquer le lancer roulé dynamique est, comme le propose Simon Gamesworth dans son livre Single hand Spey casting, de faire un double lancer roulé. On commence par faire un lancer roulé classique, ce qui est à la portée de tous. Une fois que l’on est rendu à l’étape de l’arrêt à 45°, plutôt que projeter la soie en avant, sans arrêter la canne, on refait un deuxième lancer. On revient à la position main haute dans un mouvement circulaire. La mouche et le bas de ligne vont revenir vers l’arrière et se déposer sur l’eau devant soi. Aussitôt que le contact est fait, on repart pour une projection avant complète (avec ou sans traction, du revers, avec une boucle en D ou en V selon le désir).
Si on fait ce lancer en modifiant l’emplacement de l’ancrage pour changer un peu la direction, on entre de fait dans le spey sans douleur et sans même s’en apercevoir. Le lancer spey est simplement un lancer roulé dynamique avec un changement de direction. L’intérêt pour les lancers spey est grandement justifié. Une fois que l’on comprend son utilité, il devient indispensable. Mais pas besoin d’acheter un nouvel équipement parce que tous ces lancers s’exécutent avec une canne à une main. Les cannes à saumon ayant un pommeau de combat, on peut même utiliser les deux mains. Une fois l’aspect technique compris, on peut investir dans l’achat d’une canne plus longue si le cœur nous en dit. La popularité des lancers spey sera peut-être utile afin de reconnaitre l’importance du lancer ovale parce que la différence entre les deux est minime et, surtout, parce que la pratique du lancer ovale en est le meilleur entrainement.

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